dimanche 7 mars 2010

FIGARO N°139 du 18/05/1908

(NB Moulay Lhassen dans le texte c'est le Cheikh Moulay Ahmed Ben Mohamed Ben Lhassen SBAI:
(مولاي أحمد بن محمد بن الحسن السبعي)


FIGARO, N° 139 du 18 mai 1908 :
Ecrit par Jean du Taillis

DEFAITE DES BERABERS
Voila un succès complet, décisif.
Il nous venge de la surprise d’El-Menabba, de la sanglante bataille de Béni-Ouzièn. Il faut louer la décision du général Vigy qui, au lendemain même du rude combat de la palmeraie de Béni-Ouzian, a foncé sur l’ennemi au pas de course, pour ainsi dire.
Surpris par notre marche rapide, son camp encombré de blessés et de mourants, Moulay-Lhassen n’a même pas tenté d’organiser la résistance. Comme « l’homme à la cabane » des Chaouïa, ce marabout a fui laissant aux guerriers des tribus, accourus pourtant à son appel et confiants dans ses folles promesses, le soin de se défendre et de vaincre si possible.
Désorganisés par cette fuite du chef, les Berabers ont combattu avec vaillance et un acharnement qui ajoute une auréole encore à notre victoire. Tout fut inutile : la palmeraie après la plaine, le ksar après la palmeraie tombèrent en notre pouvoir.
Et, pour compléter notre succès, pour lui donner tous les effets utiles, nous nous emparons des tentes, des approvisionnements de l’ennemi.
Telle est, en larges traits, la physionomie du combat du 14 mai ;
en voici un récit plus précis.
Les premières heures de la matinée du 14 furent occupées à organiser les services de l’arrière et notamment l’évacuation de nos blessés. Cela fait, nos troupes levèrent le camp à huit heures et prirent immédiatement une formation de combat pour se porter, par une marche forcée, sur la palmeraie de Bou-Denib.
A neuf heures, l’artillerie étant arrivée à la meilleure portée utile, le général Vigy donna l’ordre d’ouvrir le feu sur toute la ligne en convergeant le tir sur la palmeraie et les ksours dont quelques tours carrées apparaissaient à travers le feuillage.
L’ennemi avait pris des mesures défensives sommaires, mais rendues très efficaces par la nature même du terrain : mamelons sablonneux, broussailles, troncs de palmiers, labyrinthe de ruelles resserrées entre des murs de terre demi ruinés.
Le tir fut soigneusement réglé : avec une précision très grande et en prenant tout le temps nécessaire pour obtenir d’excellents résultats, nos pièces de 75 et de 80 de montagne fauchèrent littéralement la palmeraie jusqu’à onze heures et demie.
A ce moment, on aperçut de l’autre côté de l’oued, s’égrenant sur les pentes calcaires des collines qui s’élèvent à l’ouest, des groupes nombreux de fuyards. Le général sans perdre un instant fit cesser le feu des batteries et donnait l’ordre à l’infanterie :
- En avant ! Partout.
L’attaque de la palmeraie commença ; palmier par palmier, successivement, l’oasis, défendue par quelques groupes de fanatiques bientôt impuissants, tombait en notre pouvoir.
Dans une clairière au bord d’un redir desséché, des tentes étaient encore dressées, d’autres abandonnées jonchaient le sol au milieu d’un amoncellement chaotique d’objets disparates : le camp de la harka, mais ses défenseurs étaient morts la veille ou avaient fui.
A une heure et demie, le ksar même de Bou-Denib, seul, résistait encore. Une pluie d’obus, éclatant au-dessus des habitants et des derniers Marocains qui s’y étaient réfugiés fit bientôt comprendre à ceux-là mêmes l’inutilité de continuer la lutte.
Pendant que nos spahis et nos chasseurs, secondés par nos goumiers se lançaient à la poursuite de l’ennemi en dehors de la palmeraie, nous entrions enfin dans le ksar où l’on venait d’arborer le drapeau blanc. Il était trois heures.
La déroute de l’ennemi était complète. Si le sol montagneux du terrain ne permis pas de poursuivre très loin les fuyards, ceux-ci étaient dans un éparpillement tel et un désarroi si grand que l’on peut affirmer avoir obtenu le maximum d’effet utile.
Les tentes, les munitions, les approvisionnements de la harka nous étaient abandonnés, et leur abondance est telle qu’il est permis de supposer les effectifs de l’ennemi plus considérables encore qu’on ne l’avait cru. L’effectif des forces berabers peut être évalué à cinq ou six mille fantassins et à six ou sept cents cavaliers.
Un succès considérable, on le voit, et qui par certains côtés rappelle ceux obtenus les 8 et 15 mars, dans Chaouïa par le général d’Amade.
Si l’on ajoute que nos pertes ont été relativement faibles, trois tués et neuf blessés (goumiers et légionnaires), on ne manquera pas de trouver particulièrement heureuse cette journée qui, on est en droit de l’espérer ; clora la série active de nos opérations dans cette région.
L’effet produit sur les indigènes est considérables : sa répercussion ne manquera pas de se faire sentir, par delà le Tafilelt et l’Atlas, jusqu’aux plaines du Tirs et aux collines des Medakra.
Espérons qu’une ère de pacification va s’ouvrir, la visite que doivent effectuer cette semaine les généraux Baillaud et Lyautey y contribuera sans doute efficacement.

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